La psychothérapie féministe, à quoi sert-elle ?

La psychothérapie féministe s’adresse aux femmes et aux hommes. Son but est de permettre à chacun de s’extraire des rapports dominant-dominé dans lesquels la plupart des êtres humains sont enfermés depuis la nuit des temps. Ces rapports dominant-dominé sont la caractéristique du système patriarcal. Les femmes et les hommes sont aliénés par ce mode de pensée dès leur plus tendre enfance, avec pour conséquence de soumettre les femmes aux diktats masculins et de modeler les hommes dans leur rôle d’oppresseurs des femmes.

Betty McLellan

Betty McLellan - Psychopression

Psychothérapeute féministe (Australie)

Pour plus de précisions sur la psychothérapie féministe, voir cet article : La psychothérapie féministe, c’est quoi ?

L’oppression des femmes

Le sociologue Léo Thiers-Vidal a écrit un texte particulièrement émouvant dans lequel il décrit la difficulté pour un homme de sortir de cette aliénation et de ne pas participer à l’oppression des femmes, ne serait-ce qu’inconsciemment ou par le simple fait d’être un homme, donc faisant partie de la classe dominante. Pour Léo Thiers-Vidal, la psychothérapie est le moyen pour sortir de cette aliénation.

Voir ce texte dans cet article : La psychothérapie en tant qu’outil politique

Léo Thiers-Vidal a beaucoup travaillé à dénoncer la théorie anti-victimaire du Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP/AP) qui permet de donner la garde des enfants à des pères incestueux. Deux de ses articles sur ce thème : Ça se passe près de chez vous : des filles incestueuses aux mères aliénantes et  Violences intra-familiales sur enfants : le rapporteur de l’ONU en France (écrit avec Hélène Palma, maître de conférence). En mars 2000, Léo Thiers-Vidal a créé l’association « Mères en lutte » pour soutenir les mères confrontées à ces situations dramatiques.

La violence envers les femmes et les enfants

La stratégie patriarcale a notamment pour but de faire croire que la violence envers les femmes et les enfants n’existe pas. Professeure de psychologie sociale à l’université de Trieste, Patrizia Romito  a écrit un livre sur ce thème : Un silence de mortes : La violence masculine occultée

romito - un silence de morte

« Alors que les hommes exercent des violences contre les femmes et les enfants, la société met tout en œuvre pour occulter cette réalité. Si les progrès dans la lutte contre la violence masculine sont indéniables, la violence, elle, continue pourtant bel et bien à exister. Pour l’auteure, cette violence est un des moyens d’entretenir en bon état de marche le système de domination patriarcale, système dont profitent la majorité des hommes et une minorité de femmes. C’est donc la société patriarcale dans son ensemble qui élabore activement l’occultation de la violence, afin d’éviter qu’elle cesse. » (extrait du livre ci-dessus)

La violence conjugale

Un autre article de Patrizia Romito sur le thème de la violence masculine occultée dans le couple : La stratégie patriarcale permet de nier la violence conjugale

« Qui a intérêt à cacher la violence des hommes envers les femmes ? Evidemment les agresseurs. Mais aussi les hommes non violents qui profitent du système patriarcal: division du travail inégale, exploitation économique des femmes… La plupart des hommes tirent des bénéfices de cette situation. Le progrès social et les luttes féministes ont limité le pouvoir du patriarcat Mais il serait étonnant que la catégorie des hommes se laisse faire en perdant ses droits et privilège. » (extrait de l’article ci-dessus)

Dans un article, le psychologue québécois Rudolf Rausch explique comment le fait de travailler avec l’idée que les hommes sont violents parce qu’ils « perdent leurs moyens » et sont dépassés par leurs émotions revient en réalité à justifier leur violence et à la perpétuer au niveau individuel et social. Pour ce spécialiste de la violence conjugale, il faut mettre ces agresseurs face à leur violence. D’ailleurs, les hommes violents ne consultent pas pour changer et se remettre en question. Ils ne font que rechercher un allié de poids, notamment pour se défendre dans des procédures judiciaires : Face aux conjoints agresseurs… La danse avec l’ours

« Comme l’écrit Susan Schechter, cette violence est à la fois socialement construite et individuellement choisie. Ce qui explique pourquoi il y a autant de violence conjugale c’est que, d’une part, au niveau de la construction sociale, depuis bien longtemps et jusqu’à très récemment, les hommes pouvaient essentiellement se servir de la violence pour arriver à leurs fins impunément et ils étaient même encouragés à utiliser ce moyen-là. Et d’autre part, au niveau individuel, il est sûr que cette violence-là est très rentable : à chaque fois qu’on y a recours, habituellement on a gain de cause, on arrive à nos fins, ce qui fait qu’il y a un renforcement presque immédiat à son utilisation. Plus il y a d’individus qui l’utilisent, plus la construction sociale de la violence se maintient et plus cette construction se maintient, plus il y a d’individus qui se croient autorisés à y recourir.

(…) Les intervenants auprès des agresseurs – les psychologues et autres aidants – ont traditionnellement tendance à voir la violence comme un symptôme ou un indicateur d’un autre problème sous-jacent, qui trop souvent est perçu comme intra-psychique ou comme une difficulté systémique, une difficulté de communication ou d’interaction entre les conjoints. Quel en est l’effet ? Il est double : d’une part ça banalise cette violence-là, en ce sens qu’on la perçoit comme n’étant pas forcément si importante que ça, et d’autre part elle est interprétée davantage comme une réaction à quelque chose plutôt qu’une proaction, un moyen d’obtenir quelque chose.

(…) D’ailleurs, les hommes, et notamment les hommes violents, vont habituellement chez un aidant (psychologue ou autre), non pour se changer mais essentiellement pour créer une coalition avec quelqu’un qui a un statut de pouvoir, et donc pour demeurer identiques. Si quelqu’un fait face à des accusations pénales, il va alors utiliser la relation d’aide pour tenter de diminuer la portée de la judiciarisation. Et dans le cas où la situation n’a pas été judiciarisée, où il n’y a pas eu d’accusation portée et qu’on voit davantage l’homme demander de l’aide parce que sa conjointe l’a quitté ou menace de le faire, à ce moment-là il est sûr que son objectif n’est pas de se changer lui-même mais d’établir une coalition qui va lui permettre de récupérer sa conjointe.

(…) D’une part, nous ne percevons pas la violence comme une réaction mais comme un moyen, ce qui veut dire que chaque conjoint violent doit nommer, en menu détail, son  » coffre d’outils  » à lui, son répertoire personnel de violences. C’est une première exigence : lorsque l’homme se présente, il doit faire état de sa violence et accepter de nommer les faits et gestes concrets dont il s’est servi pour dominer sa partenaire plutôt que ses peines et ses souffrances. (…) une fois l’homme ayant élargi sa définition de la violence pour inclure non seulement sa violence physique mais aussi ses formes beaucoup plus subtiles, plus dissimulées de contrôle, on lui fait identifier le mobile du crime. Lorsqu’il a utilisé tel geste de violence, qu’est-ce qu’il souhaitait qu’il arrive ? Ainsi, un acte que l’homme présente comme irréfléchi, irrationnel, incompréhensible, voire  » fou « , devient, en identifiant son mobile, un geste qui peut être compris comme réfléchi, logique, instrumental…

(…) Cela permet de rapatrier un peu plus la responsabilité des hommes : la violence n’est plus un geste réactionnel, mais instrumental, axé sur l’obtention d’un but. Après, on s’intéresse aussi aux effets de cette violence : les effets pour lui, les effets sur sa conjointe, sur les enfants, la famille et ainsi de suite. Alors non seulement ce qu’on voit, dans la majorité des cas, c’est un geste qu’on peut identifier et nommer, de même que l’intention derrière le geste, mais en plus on constate que, en général, cela a fonctionné et que l’homme a effectivement eu gain de cause. On voit aussi tous les effets négatifs que ça peut avoir sur sa conjointe, sur ses enfants, sur sa vie de famille et ainsi de suite. L’homme est confronté à un dilemme éthique. » (extrait de l’article ci-dessus)

Les répercussions sur la santé

Cette violente oppression masculine qui se perpétue de façon occultée depuis des millénaires entraîne, en plus des coups et blessures, de lourdes conséquences sur la santé physique et psychique des femmes et des enfants :

Les violences sont une atteinte grave aux droits humains fondamentaux des personnes et elles sont à l’origine de graves conséquences sur la santé mentale et physique. Ces conséquences sont  directement liées à l’installation de troubles psychotraumatiques sévères, en particulier d’un état de stress post-traumatique. Ces troubles sont dus à des atteintes psychiques, mais également à des atteintes neurologiques et à des dysfonctionnements neuro-biologiques et endocriniens majeurs. S’ils ne sont pas pris en charge spécifiquement, ils peuvent se chroniciser, durer de nombreuses années, voire toute une vie et s’accompagner de nombreuses pathologies (psychiatriques, cardio-vasculaires, endocriniennes, immunitaires, digestives, etc.) (Anda, 2006 ; MacFarlane, 2010). Ces troubles psychotraumatiques auront alors un impact catastrophique sur la santé et la vie personnelle, sociale et professionnelle des victimes et seront même un déterminant majeur de leur santé (Felitti, 2010). Muriel Salmona, psychiatre, victimologue et psychotraumatologue.

Aujourd’hui on sait également que la violence laisse des traces dans le cerveau et dans l’ADN (sur plusieurs générations) :

Les mauvais traitements subis pendant l’enfance laissent des traces dans le cerveau

Des séquelles au cerveau pour les enfants abusés

La maltraitance dans l’enfance laisse des traces jusqu’à la 3ème génération

L’abus sexuel dans l’enfance laisse une trace… génétique

Les pathologies sociétales

La violence millénaire envers les femmes et les enfants est également la cause de pathologies sociétales. Par exemple, le stress post-traumatique sociétal auquel sont confrontées toutes les femmes et le Syndrome de Stockholm sociétal auquel sont confrontés tous les êtres humains. Ce dernier syndrome a des conséquences dramatiques puisqu’il créé une société qui voue un amour immodéré aux agresseurs et fait alliance avec eux.

Le Syndrome de Stockholm sociétal pour les femmes (pas pour les enfants) a été théorisé par Dee L. R. Graham, professeure agrégée de psychologie à l’Université de Cincinnati (USA), dans son livre : Loving to Survive: Sexual Terror, Men’s Violence, and Women’s Lives (aimer pour survivre : la terreur sexuelle, violence des hommes et vies de femmes).

Le postulat de Dee L. R. Graham et des co-auteures du livre est que la psychologie actuelle des femmes est une psychologie de femmes dans des conditions de captivité, à savoir dans des conditions de terreur infligée par la violence masculine envers les femmes. Elles postulent que les réponses des femmes aux hommes et à la violence masculine ressemblent aux réponses des otages face aux ravisseurs. De même que les otages qui travaillent à apaiser leur ravisseur de peur que ces ravisseurs ne les tuent, les femmes travaillent à satisfaire les hommes. La féminité est un ensemble de comportements qui font plaisir aux hommes (dominants), parce que ces comportements transmettent l’acceptation de la femme de son statut de dominée. Ainsi les comportements féminins sont des stratégies de survie, comme les otages qui se lient à leurs ravisseurs.

La théorie du Syndrome de Stockholm sociétal permet d’expliquer beaucoup de comportements apparemment irrationnels des femmes. Par exemple : pourquoi tant de femmes rejettent le féminisme (comment une femme peut-elle ne pas vouloir les mêmes droits que les hommes ?). Pourquoi tant de femmes font alliance avec les hommes (il serait beaucoup plus utile de faire alliance avec les femmes). Pourquoi tant de femmes ont des love-addictions (ressemble à l’amour inconditionnel d’un Syndrome de Stockholm).

 Stockholm Syndrome - loving to survive

Loving to Survive: Sexual Terror, Men’s Violence, and Women’s Lives
(théorisation du
Syndrome de Stockholm sociétal)
par Dee L. R. Graham, professeure agrégée de psychologie à l’Université de Cincinnati (USA)
« Contends that women’s psychology reflects a condition of captivity borne of terror caused by maile violence. The authors make a convincing case. The New York Times Book Review »

Les théories anti-victimaires

Le Syndrome de Stockholm sociétal explique peut-être l’apparition toujours plus fréquente de théories anti-victimaires qui protègent les agresseurs et auxquelles la société entière adhère. Par exemple : le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP/AP), la théorie des faux souvenirs, le mythe des enfants « carencés », la résilience mal comprise, le Syndrome de Médée, etc.

Voici ce que le Dr. Gérard Lopez dit des théories anti-victimaires : « Ce déni est renforcé par toutes sortes de fausses théories qui ne reposent sur aucune preuve scientifique, comme le soi-disant syndrome d’aliénation parentale, la résilience mal comprise, ou selon le mythe que les enfants « carencés » seraient mythomanes, surtout depuis Outreau… bien que les enfants aient tous été reconnus victimes de viols et actes de proxénétisme par la justice. En fait, chacun d’entre nous refuse d’admettre que nos chers enfants sont massacrés. »  Article à propos du Dr. Gérard Lopez et de son livre « Enfants violés et violentés. Le scandale ignoré »

Le Dr. Gérard Lopez est psychiatre, victimologue, expert auprès des tribunaux et président fondateur de l’Institut de victimologie à Paris. Il fut l’initiateur des premiers diplômes universitaires de victimologie et du premier diplôme de psychotraumatologie en France. Il enseigne actuellement à l’Université Paris 5, au Laboratoire d’éthique médicale dans le Département de médecine légale (Pr. Christian Hervé) et à l’Institut de criminologie de Paris. Il dirige le Comité européen de la Chaire Unitwin Unesco Abord de la violence, un défi transdisciplinaire.

La sexualité patriarcale

En ce qui concerne la sexualité, l’aliénation patriarcale fait croire aux hommes que pour avoir une érection, ils doivent dominer la femme et la réduire à l’état d’objet (instrumentalisation). L’incapacité à assumer cette injonction patriarcale est à la base d’une forme d’impuissance sexuelle que l’on rencontre fréquemment. Dans ce cas, le problème n’est pas que les femmes ne sont pas assez soumises. Le problème est la croyance que sans domination, il n’y a pas d’érection. Pourtant, la sexualité féminine est beaucoup plus riche que la sexualité masculine. Lorsqu’ils s’y intéressent, les hommes découvrent une sensualité et une sexualité dont ils n’avaient même pas imaginé l’existence. Ils comprennent alors qu’il est tout à fait possible et beaucoup plus satisfaisant d’avoir une érection dans un échange harmonieux et égalitaire avec une femme. Ne pas être dans une position dominante ne va donc pas entraîner la fin de l’espère humaine comme le soutiennent les adeptes du patriarcat. Bien au contraire.

Les violences sexuelles

Psychiatre, victimologue et psychotraumatologue, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, Muriel Salmona dénonce régulièrement la violence envers les femmes et les enfants. Elle est notamment l’auteur de l’ouvrage incontournable publié en 2013 : « Le livre noir des violences sexuelles ». Voici ce qu’elle dit de l’instrumentalisation sexuelle :

« Désirer et aimer sont le contraire d’instrumentaliser une personne pour son propre compte. Les violences sexuelles sont des armes pour détruire l’autre, le soumettre et le réduire à l’état d’objet et d’esclave. Ce sont les violences qui entraînent le plus de traumatismes psychiques. Elles font partie de la mise en place de la domination masculine et de la volonté d’exclure les femmes de divers univers, dont celui du marché du travail et des postes à responsabilité. Les stéréotypes sexistes voudraient faire croire que la sexualité masculine a des besoins incontrôlables qui doivent et ont le droit de s’exercer sur la femme. »  Muriel Salmona «La réalité des violences sexuelles est l’objet d’un déni massif».

Le livre noir des violences sexuelles - Muriel Salmona

Le livre noir des violences sexuelles
Par Muriel Salmona, psychiatre, victimologue, psychotraumatologue et présidente de l’association
Mémoire Traumatique et Victimologie

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2 réflexions sur “La psychothérapie féministe, à quoi sert-elle ?

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