Le « test de Bechdel » ou la représentation des femmes dans le cinéma

Au cinéma, les femmes sont maintenues dans une position subalterne, soumise ou passive. Elles ne font que suivre les idées des hommes et jouent rarement un rôle décisif dans l’avancée de l’histoire. Ce ne sont pas les femmes, mais les hommes qui sont à l’origine d’initiatives qui font avancer l’action du film.

De plus, les femmes ne parlent que des hommes. Tous leurs propos tournent autour des hommes. Et leur habillement, leurs gestes, leurs paroles, etc. répondent exclusivement aux stéréotypes masculins.

Des cinémas suédois commencent à utiliser une nouvelle cote féministe, afin de changer les représentations de la femme dans le cinéma.  Pour cela, ils utilisent le « test de Bechdel ».

Le « test de Bechdel » évalue si les personnages féminins d’un film jouent un rôle actif et si leur personnage est bien étoffé et bien construit. Pour avoir une cote « A », le film doit remplir les 3 conditions du « test de Bechdel » :

– avoir au minimum deux personnages féminins qui doivent porter un nom,

– ces femmes doivent se parler entre elles à un moment donné du film,

– ces femmes doivent parler d’autre chose que d’un homme (ou des hommes).

Le test de Bechdel a pour origine une planche d’une bande dessinée d’Alison Bechdel. En 1985, dans Dykes to watch out for, Alison Bechdel a dessiné une planche intitulée «La règle» dans laquelle deux amies veulent aller au cinéma. L’une explique à l’autre qu’elle a pour règle de n’aller voir un film que s’il remplit trois conditions: avoir au moins deux femmes dans le film qui parlent entre elles et qui parlent d’autre chose que d’un homme.

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Planche d’origine du « Test de Bechdel »

Anita Sarkeesian

Le 7 décembre 2009, la féministe Anita Sarkeesian a créé une page avec une vidéo dans laquelle elle explique le « test de Bechdel ». Cette courte et excellente vidéo résume parfaitement ce test et la manière dont les femmes sont sous-représentées dans le cinéma.

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Page avec vidéo :
The Bechdel Test for Women in Movies
(capture écran de la vidéo)

Anita Sarkeesian est une féministe qui a étudié le sexisme et la misogynie dans les jeux vidéo. Deux pages avec vidéos issues de travail : Damsel in Distress (Part 1) Tropes vs Women et Damsel in Distress (Part 2) Tropes vs Women

Depuis, Anita Sarkeesian est victime d’un harcèlement d’une extrême violence (menaces de viol, etc.), notamment de la part des gamers (joueurs de jeux vidéo). Une page avec vidéo dans laquelle elle explique ce harcèlement : TEDx Women Talk about Online Harassment & Ciber Mobs

Lapresse.ca

Le 6 novembre 2013, un communiqué de l’Associated Press Stockholm a été publié sur lapresse.ca : Des cinémas suédois utilisent une nouvelle cote féministe

Intégralité de l’article : « Associated Press Stockholm

On s’attend à ce que la cote accordée à un film indique si celui-ci contient de la vulgarité, des scènes de violence ou de la nudité. Des cinémas suédois ajoutent désormais une autre cote aux films, jugeant de la façon dont la femme y est représentée.

Pour obtenir une cote «A», un film doit passer le «test Bechdel», c’est-à-dire qu’il doit contenir au moins deux personnages de femmes portant un nom, qui discutent entre elles d’autre chose que d’un homme.

La directrice du cinéma Bio Rio à Stockholm, Ellen Tejle, souligne que la trilogie Lord of the Rings, tous les films de Star Wars, The Social Network, Pulp Fiction et tous les films de Harry Potter sauf un échouent au test.

Bio Rio est l’un des quatre cinémas suédois qui ont lancé la nouvelle cote le mois dernier, pour mettre en lumière la faible quantité de films qui passent le test. La plupart des cinéphiles ont réagi positivement à l’initiative, certains ayant affirmé que la cote leur a «ouvert les yeux», selon Mme Tejle.

Selon la directrice, la perception des rôles de la femme dans la société est influencée par le fait qu’on ne voit que rarement au cinéma «une superhéroïne, une femme professeure ou une femme qui relève des défis excitants».

Mme Tejle précise que la cote ne dit rien au sujet de la qualité des films en question.

«L’objectif est de présenter davantage d’histoires et de perspectives féminines sur les écrans de cinéma», a-t-elle expliqué.

L’Institut suédois du film soutient l’initiative, qui commence à recevoir d’autres appuis. La chaîne câblée scandinave Viasat Film a déclaré qu’elle commencerait à utiliser la cote dans ses critiques de films et qu’elle a prévu à son horaire un «Super dimanche coté A» pour le 17 novembre. Elle ne présentera alors que des films qui passent le test, comme The Hunger Games, The Iron Lady et Savages.

Le test Bechdel a été ainsi nommé en l’honneur de la bédéiste américaine Alison Bechdel, qui a imaginé le concept dans sa bande dessinée en 1985. »

Huffingtonpost.fr

Le 7 novembre 2013, huffingtonpost.fra a publié cet article : Sexisme: des cinémas suédois créent une notation féministe des films

Intégralité de l’article :

« FÉMINISME – Voilà une nouvelle qui devrait ravir les féministes. Quatre cinémas suédois ont décidé de créer un test et une notation pour signaler au public les films à haute teneur féministe et, au contraire, les plus sexistes. Pour obtenir le précieux « A  » du label, les films devront passer le « test de Bechdel« .

Du nom de sa créatrice, la dessinatrice américaine Alison Bechdel, ce test permet d’identifier les films offrant une image positive de la femme à travers trois critères.

Un bon film selon le Bechdel Test est un film:

1. Avec au moins deux personnages féminins,

2. Qui se parlent entre elles

3. Qui parlent d’autre chose que des hommes.

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Vidéo du 7 décembre 2009 d’Anita Sarkeesian :
The Bechdel Test for Women in Movies
(capture écran de la vidéo)

« Un système de notation féministe? C’est intéressant. » s’est réjoui de cette nouvelle l’ actrice Jada Pinkett Smith, connue pour son rôle musclé dans la saga Matrix.

Beaucoup de grands classiques du cinéma ont échoué à ce test. Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter, par exemple. Ou encore plus récemment Gravity d’Alfonso Cuarón. En revanche, des films comme Blue Jasmine ou Man of Steel ont été bien notés.

Le but des quatre cinémas suédois est clair: promouvoir des films représentant les femmes dans d’autres rôles, moins stéréotypés que ceux dont on a l’habitude.

Sur le site du Telegraph, Ellen Tejle, la diretrice du Bio Rio, l’une des quatre salles de cinéma concernées, parle d’une grande avancée destinée à ouvrir les yeux du public: « Les spectateurs voient rarement une femme super-héros ou une femme professeur. »

Si certains spectateurs ont déjà décrété que cela n’influencera en rien leur choix d’aller voir tel ou tel film, le critique de film suédois Hynek Pallas ne voit pas l’utilité du projet: « il y a beaucoup de films qui n’ont pas passé le Bechdel test, ça n’a pas rendu la société plus égale ou mieux. »

Toutefois, cette dernière initiative montre encore une fois, qu’en matière d’égalité hommes-femmes, les pays nordiques n’ont rien à prouver. »

Slate.fr

Le 7 novembre 2013, la journaliste Cécile Dehesdin a publié cet article sur slate.fr : Le dernier film que vous avez vu passe-t-il le test de Bechdel ?

Intégralité de l’article :

« Des cinémas indépendants suédois attribuent un label aux films qui ont deux personnages féminins qui se parlent à un moment d’autre chose que d’un homme. Pas si facile…

Réfléchissez deux minutes au dernier film que vous avez vu, au cinéma ou à la télé et posez-vous ces trois questions:

1) Est-ce qu’il y avait au moins deux personnages féminins dont on connaissait le nom?

2) Est-ce qu’elles se parlaient à un moment du film?

3) Est-ce qu’elles se parlaient d’autre chose que d’un homme?

Si vous avez répondu oui à ces trois questions, votre film vient de passer le «test de Bechdel», du nom de l’auteure de bande-dessinées Alison Bechdel. En 1985, dans Dykes to watch out for, elle dessinait une planche intitulée «La règle», où deux amies envisageaient d’aller au cinéma. L’une d’entre elles explique avoir comme règle de n’aller voir un film que s’il remplit trois préalables de base: avoir au moins deux femmes qui parlent d’autre chose que d’un homme.

Si le dernier film que vous avez vu remplit ces trois critères, il aurait également droit au label lancé par quatre cinémas indépendants suédois, qui attribuent un «A» –comme Approuvé et Alison Bechdel. Comme le note le site de l’initiative, le label est une façon d’évoquer le problème de l’inégalité hommes-femmes dans le cinéma, et le test de Bechdel un «outil utile qui peut nous aider à viser l’égalité».

Il signale également qu’un film labellisé «A» n’est pas nécessairement un bon film… mais permet de soulever la question de «qui a le droit de parler dans les films aujourd’hui, et qui sont les personnes dont on raconte l’histoire».

D’ailleurs, un film qui passe le test de Bechdel n’est pas nécessairement un film non-sexiste, vu qu’un échange de quelques secondes sur un long métrage de plusieurs heures suffit (certains estiment d’ailleurs qu’il faudrait au moins 60 secondes de discussion pour le comptabiliser comme un échange).

Comme le notait la toujours passionnante Anita Sarkeesian en 2009, «il est assez extraordinaire de voir combien de films ne réussissent pas ce test, parce que ce n’est même pas un signe que le film est féministe ou que c’est un bon film, mais seulement qu’il y a des femmes dedans et qu’elles se parlent d’autre chose que d’un homme». S.O.S Fantômes, Men In Black, Shrek, Fight Club, Quand Harry rencontre Sally sont autant d’exemples de films qui n’ont pas deux personnages féminins nommés parlant d’autre chose que d’un homme.

A l’inverse, Blue Jasmine, L’Ecume des Jours, La vie d’Adèle ou Les Flingueuses sont quelques exemples de films qui réussissent le test (vous pouvez voir et participer à une liste ici).

Comme l’expliquait Jennifer Kesler en 2010 sur son blog Thehathorlegacy, le but du test de Bechdel n’est pas de le réussir –avec une scène prétexte de 30 secondes sans aucun intérêt histoire de dire qu’on n’est pas sexiste–, mais de faire réfléchir les gens à la rareté de ces scènes:

«Si peu de films et de séries incluent des personnages féminins multiples, développés et importants, qui participent à faire avancer l’histoire. Imaginez à quel point il serait difficile d’éviter une scène où deux hommes parlent de quelque chose d’autre que de femmes. Pourquoi est-ce que c’est si dur? Parce que presque tous les films et les séries contiennent des personnages masculins multiples, développés et importants, qui participent à faire avancer l’histoire.»

Les personnages féminins sont traditionnellement à la périphérie des personnages masculins, poursuit-elle:

«En les rendant périphériques, l’auteur s’est assuré que les femmes ne pouvaient pas faire avancer l’histoire à moins qu’elles ne nous disent quelque chose sur les hommes qui sont au coeur du scénario. C’est ça, le problème que ce test souligne.»

En 2008, la même Jennifer Kesler expliquait que lors de ses études de cinéma, plusieurs de ses professeurs lui avaient dit qu’elle ne réussirait jamais dans le milieu si elle continuait d’écrire des scenarii avec des femmes se parlant d’autre chose que d’hommes… Un professionnel de l’industrie lui avait finalement expliqué:

«Le public ne veut pas écouter des femmes qui parlent de ce dont les femmes parlent

C.D. »

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3 réflexions sur “Le « test de Bechdel » ou la représentation des femmes dans le cinéma

  1. Ping : Un prix littéraire pour récompenser les thrillers sans violences faites aux femmes – Marianne Kuhni

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