Un prix littéraire pour récompenser les thrillers sans violences faites aux femmes

Le 25 janvier 2018, The Bookseller (Wood, 2018) annonçait que la scénariste anglaise Bridget Lawless avait créé un prix littéraire destiné à lutter contre les violences faites aux femmes.

Intitulé Staunch Book Prize, ce prix littéraire récompense « un thriller dans lequel aucune femme n’est battue, traquée, exploitée sexuellement, violée ou assassinée. » (Besnier, 2018).

Deux liens concernant ce prix littéraire :

– compte Twitter de Bridget Lawless pour le Staunch Book Prize : Bridget Lawless

– page Facebook du prix littéraire : Staunch Book Prize

Bridget Lawless

Créatrice du prix littéraire Staunch Book Prize

Voici l’intégralité de l’article publié par ActuaLitté. D’autres articles sont disponibles dans la bibliographie ci-dessous (articles en anglais et en français) .

« Un prix polar pour lutter contre les violences faites aux femmes

Une scénariste anglaise, Bridget Lawless, a fondé le prix Staunch Book Prize, doté d’une valeur de 2 000 £, pour récompenser un thriller dans lequel aucune femme n’est battue, traquée, exploitée sexuellement, violée ou assassinée. »

« La libération de la parole autour des violences sexuelles et du harcèlement depuis l’affaire Weinstein ne cesse de nous faire s’interroger sur le rôle de l’art et de la littérature en général. Objets de représentations, que nous disent-ils de nous et quels sont leur pouvoir ?

Bridget Lawless, elle, a tranché : « tellement fatiguée des représentations interminables de la violence faite aux femmes », elle finance elle-même, pour le moment, un nouveau prix, le Staunch Book Prize, afin de récompenser les thrillers dans lesquels aucune violence n’est faite aux femmes.

Elle a lancé en parallèle une campagne de financement participatif pour les coûts de fonctionnement. Elle juge du prix avec l’humoriste et auteure anglaise Doon Mackichan.

La scénariste a confié à The Bookseller s’être lancée dans cette entreprise en partie à cause de l’affaire Weinstein et du mouvement #metoo. Mais c’est aussi parce qu’elle se dit consternée par les abus et la violence infligés aux personnages féminins dans les thrillers : « formulés et décrits avec tant de désinvolture et tellement banalisés qu’ils font des femmes des victimes « naturelles » de violence fictive, d’agression sexuelle et de meurtre. »

Selon elle, cette attitude vis-à-vis des femmes les affecte « à la fois directement et indirectement, et reflète une attitude dominante à l’égard des femmes – aussi impuissantes, victimes et proies. » De fait, à la lumière des suites de l’affaire Weinstein, « il est finalement clair que cette attitude s’étend à la vie réelle pour beaucoup d’hommes et de comment ils voient et traitent les femmes » explique-t-elle.

Pourquoi un prix ? Parce que « la fiction peut faire un travail fantastique pour montrer ce qui peut arriver quand les femmes se lèvent et dénoncent l’injustice et refusent d’être victimisées. » Indique-t-elle, « je veux trouver les écrivains qui ont fait quelque chose de différent. »

Et pourquoi les thrillers ? A cause de l’importance du genre et parce qu’ils fournissent souvent matière à des adaptations, répond la scénariste anglaise.

Bridget Lawless entend montrer qu’une « grande matière est disponible non seulement aux lecteurs, mais aussi aux producteurs et aux réalisateurs pour l’écran, et, très important, pour les acteurs féminins et masculins qui pourraient avoir un plus grand choix de rôles dans lesquels ils ne sont ni des victimes ni des prédateurs sexuels ».

Ainsi, on pense à La fille du train, film américain réalisé par Tate Taylor en 2016 et adapté du roman éponyme de Paula Hawkins… Mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Le Staunch Book Prize est donc ouvert aux auteurs féminins et masculins, de toute nationalité, âgés de plus de 18 ans, ainsi qu’aux ouvrages imprimés ou numériques, traditionnels ou autoédités… Les inscriptions ouvriront le 22 février pour se terminer le 15 juillet à minuit. Les romans présélectionnés seront annoncés en septembre et le prix sera dévoilé le 25 novembre lors de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes. » (Besnier, 2018).

Le « test de Bechdel » et la représentation des femmes dans le cinéma

Le domaine de l’art et la culture influence considérablement les stéréotypes sexistes. C’est pourquoi Alison Bechdel, une dessinatrice de bande dessinée, a eu l’idée en 1985 de créer une cote féministe spécialement pour le cinéma. Il s’agit du « test de Bechdel » qui évalue si les personnages féminins d’un film jouent un rôle actif et si leur personnage est bien étoffé et bien construit. Pour avoir une cote « A » (la meilleure), le film doit remplir 3 conditions du « test de Bechdel ». Pour plus de précisions, se reporter à l’article « Le « test de Bechdel » ou la représentation des femmes dans le cinéma » (Kuhni, 2013). 

Le « test de Bechdel » a pour objectif de changer les représentations des femmes dans le cinéma où, en plus des scenarii d’une extrême violence envers elles, les femmes sont souvent représentées comme des écervelées et reléguées au second plan. Ces représentations sexistes constituent un sérieux frein à l’égalité et un encouragement à la perpétuation de la violence machiste systémique envers les femmes (Kuhni, 2018).

Dans sa démarche de créer un prix littéraire, la scénariste anglaise Bridget Lawless a justement choisi le thriller parce que les thrillers font souvent l’objet d’adaptations au cinéma avec pour conséquence d’impacter une population très large. D’où l’importance de l’existence de ce prix littéraire Staunch Book Prize et du « test de Bechdel ».

Bibliographie

Besnier, Laure. (2018). Un prix polar pour lutter contre les violences faites aux femmes, ActuaLitté [en ligne]. 26 janvier 2018 [consulté le 10 février 2018]. Disponible à l’adresse : https://www.actualitte.com/article/culture-arts-lettres/un-prix-polar-pour-lutter-contre-les-violences-faites-aux-femmes/86987

Cannone, Robin. (2018). Un prix littéraire anglais pour les romans sans violence faite aux femmes, Le Figaro Culture [en ligne]. 6 février 2018 [consulté le 10 février 2018]. Disponible à l’adresse : http://www.lefigaro.fr/livres/2018/02/06/03005-20180206ARTFIG00318-un-prix-litteraire-anglais-pour-les-romans-sans-violence-faites-aux-femmes.php

Flood, Alison. (2018). Prize launched for thrillers that avoid sexual violence against womens, The Guardian [en ligne]. 26 janvier 2018 [consulté le 10 février 2018]. Disponible à l’adresse : https://www.theguardian.com/books/2018/jan/26/staunch-prize-launched-for-thrillers-that-avoid-sexual-violence-against-women

Kuhni, Marianne. (2013). Le « test de Bechdel » ou la représentation des femmes dans le cinéma [en ligne]. 8 décembre 2013. Disponible à l’adresse : https://mariannekuhni.com/2013/12/08/le-test-de-bechdel-ou-la-representation-des-femmes-dans-le-cinema/

Kuhni, Marianne. (2018). La violence machiste systémique et la non-reconnaissance des femmes victimes [en ligne]. 10 février 2018. Disponible à l’adresse : https://mariannekuhni.com/2018/02/10/la-violence-machiste-systemique-et-la-non-reconnaissance-des-femmes-victimes/

Wood, Heloise. (2018). New prize launches to honour thrillers without violence against women, The Bookseller [en ligne]. 25 janvier 2018 [consulté le 10 février 2018]. Disponible à l’adresse : https://www.thebookseller.com/news/book-prize-formed-promote-thrillers-without-violence-against-women-713161

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