Psychothérapie féministe

Slogans féministes :

 « I’ll be a post-feminist in a post-patriarchy »

« Féministe tant qu’il le faudra »

Tout d’abord, quelques explications sur le féminisme pour celles et ceux qui ne savent pas exactement ce dont il s’agit. Le féminisme est un ensemble de mouvements et d’idées qui visent l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Le but est d’obtenir la fin de l’oppression des femmes ainsi que des relations équilibrées et harmonieuses entre les femmes et les hommes, en lieu et place des relations violentes de dominants-dominées qui fondent le patriarcat (ou domination masculine).

« (…) la violence contre les femmes se base sur des rapports de pouvoir, de domination, de désir de contrôler et qui sont issus des structures sociales qui s’appuient elles-mêmes sur l’inégalité des sexes. Les actes de violence sont sans équivoque : ils cherchent à maintenir des rapports inégaux entre l’homme et la femme et à renforcer la subordination de la femme. C’est le fait d’appartenir au sexe féminin qui fonde la violence et la plupart des sociétés le tolèrent. Ainsi les coupables ne sont pas ceux qui blessent mais ce sont les victimes. (…) La culture et les traditions perpétuent le principe de domination masculine. » (Reichert-Pagnard, 2011, p. 191)

Les violences envers les femmes et les enfants constituent l’outil principal de la domination masculine et par conséquent la cause majeure des inégalités femmes-hommes. Ces violences sont également la cause d’une grande partie des pathologies psychiques et physiques dans le monde. D’autre part, en plus des inégalités et des souffrances que ces violences occasionnent pour les victimes, leur coût est énorme pour la société : 10% du PIB mondial = coût des violences faites aux femmes et aux enfants.

Alors comment se fait-il que l’on ait encore besoin du féminisme aujourd’hui ? Pourquoi doit-on encore réclamer l’égalité femmes-hommes et la fin des violences masculines envers les femmes et les enfants ? Comment se fait-il que l’humanité entière n’adhère pas à cela en ce début de 21ème siècle ? Probablement est-ce en raison d’un conditionnement millénaire à la domination masculine et à l’acceptation des violences qui en découlent, ainsi que d’un manque de motivation des hommes à renoncer aux énormes privilèges que leur accorde cette domination. La résistance à l’égalité est aussi la conséquence de l’émergence du masculinisme (ou anti-féminisme), un mouvement qui cherche à maintenir coûte que coûte la domination masculine (ou patriarcat). Ce mouvement qui s’oppose à l’égalité femmes-hommes s’est développé dès l’instant où, grâce au féminisme, les femmes ont obtenus de minimes avancées vers l’égalité. Le masculinisme fait donc partie de que le féminisme nomme le backlash (retour de bâton). Pour mettre fin à l’oppression des femmes par les hommes, il faudrait commencer par inscrire d’urgence dans la loi en tant qu’infractions la misogynie ou le sexisme (violences de genre), au même titre que le racisme et l’antisémitisme. Il est même surprenant que les violences liées au sexe ne figurent pas encore dans la loi et ne soient pas encore sanctionnées pénalement.

La psychothérapie féministe permet de prendre conscience des processus de violence qui fondent l’oppression des femmes et leur domination par les hommes. Ces processus fonctionnent le plus souvent à notre insu, puisque notre conditionnement patriarcal nous fait croire que tout cela est normal voire que les victimes sont responsables d’être violentées (inversion de la violence). La grille de lecture féministe constitue par elle-même un formidable outil thérapeutique, ainsi qu’un moyen de sortir des rapports de domination qui ne sont alors plus occultés ou invisibilisés. La psychothérapie féministe est par conséquent à la fois un outil thérapeutique et un outil politique visant un changement de société.

3 articles à ce propos :

La psychothérapie féministe, à quoi sert-elle ?

La psychothérapie féministe, c’est quoi ?

La psychothérapie en tant qu’outil politique

Lorsque la psychothérapie féministe s’adresse à des femmes, celle-ci doit être pratiquée exclusivement par des femmes, sinon il y a reproduction du processus de domination masculine qui silencie les femmes en faisant croire que les hommes savent mieux que les femmes dans tous les domaines (mansplaining), y compris que les hommes sauraient mieux que les femmes ce qui est bon pour les femmes ou ce qu’est le féminisme. En raison de cela, un homme qui serait le psychothérapeute d’une femme ne peut prétendre pratiquer de la psychothérapie féministe. En revanche, lorsque la psychothérapie féministe s’adresse à des hommes, celle-ci peut être pratiquée à la fois par des femmes et par des hommes, une part de ce travail consistant à faire prendre conscience aux hommes de leurs processus de domination, des privilèges qu’ils en retirent et de leur permettre d’acquérir d’autres modes relationnels avec les femmes en renonçant à leur position dominante (disempowerment) et en renonçant notamment à l’appropriation des femmes par les hommes (male entitlement).

Beyond Psychoppression : A feminist Alternativ Therapy

Betty McLellan - Psychopression

Betty McLellan
Psychothérapeute féministe (Australie)

Références bibliographiques

Graham, D. L.R., Rawlings, E. I., Rigsby, R. K. (1994). Loving to Survive: Sexual Terror, Men’s Violence,  and Women’s Lives. New York/London, USA/UK : NYU Press.

Hirigoyen, M-F. (2005). Femmes sous emprise : Les ressorts de la violence dans le couple. Paris, France : Oh ! Editions.

Mc Lellan, B. (1995). Beyond Psychoppression : A feminist Alternativ Therapy. North Melbourne, Australie : Spinifex Press.

Reichert-Pagnard, G. (2011). Les relations toxiques : Reconnaître les manipulateurs et se libérer des relations destructrices. Paris, France : Editions Ideo.

Romito, P. (2006). Un silence de mortes : La violence masculine occultée. Paris, France : Syllepse.

Salmona, M. (2013). Le livre noir des violences sexuelles. Paris, France : Dunod.

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