STOP AU DÉNI : les séquelles à l’âge adulte des violences sexuelles faites aux enfants

Le 2 mars 2015, la Dresse Muriel Salmona était invitée dans l’émission Les Maternelles sur France 5 pour parler de l’enquête STOP AU DÉNI.

Cette excellente interview donne une synthèse facilement abordable des principaux points de l’étude STOP AU DÉNI.

L’interview est retranscrite dans son intégralité plus loin dans cet article.

La Dresse Muriel Salmona parle notamment de la fameuse mémoire traumatique qui est une « véritable torture » pour les victimes de violences sexuelles, car elle leur fait « revivre à l’identique » les violences, la douleur, la terreur, etc.

Ces traumatismes laissent des traces dans le cerveau (comme des fractures, des blessures) visibles sur les IRM.

C’est la psychothérapie qui permet de soigner ces traumatismes. Les médicaments ne sont que des béquilles qui soulagent, anesthésient la douleur (donc fondamental pour aider les victimes), mais ne guérissent pas.

L’enquête STOP AU DÉNI

STOP AU DÉNI est une grande enquête sur les violences sexuelles publiée le 1er mars 2015 par l’association Mémoire traumatique et victimologie (dont la Dresse Muriel Salmona est la présidente) et soutenue par Unicef France dans le cadre de la campagne internationale ‪#‎ENDViolence.

La publication de l’enquête STOP AU DÉNI a créé un choc et fait grand bruit, puisqu’elle a révélé que l’immense majorité des victimes de violences sexuelles sont des enfants (1 victime sur 5 avant 6 ans et 1 victime sur 2 avant 11 ans) et que les agresseurs sont en grand majorité des hommes proches des enfants.

L’enquête a révélé les conséquences désastreuses sur la santé mentale et physique des victimes, ainsi que les possibilités de soins tout à fait efficaces qui existent mais sont rarement accessibles aux victimes en raison de la loi du silence qui règne dans ce domaine et du manque de formation des professionnels (psychiatres, médecins, psychologue, etc.) qui ne font pas de lien entre les pathologies des personnes et de possibles violences, notamment dans l’enfance.

Voici un article avec plus d’informations sur cette enquête et de nombreux liens : Les violences sexuelles faites aux enfants : STOP AU DÉNI

Transcription interview du 2 mars 2015 de Muriel Salmona (Les Maternelles)

Voici la vidéo de l’interview (environ 12 minutes) : Dr Muriel Salmona – Violences sexuelles : quelles séquelles à l’âge adulte ?

Dresse Muriel Salmona, psychiatre, psychothérapeute, victimologue et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie

Muriel Salmona - France 5 (Stop au déni)

(capture d’écran de l’interview)

Transcription complète de la vidéo :

« Intro de l’émission (0.00 à 0.24)

La journaliste : nous accueillons aujourd’hui le Dr. Muriel Salmona. Bienvenue à vous sur notre plateau.

Muriel Salmona : merci beaucoup.

La journaliste : alors je vais vous présenter. Vous êtes psychothérapeute et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie et vous avez mené en partenariat avec l’Unicef une étude sur les victimes de violences sexuelles qui paraît ce matin-même.

Merci beaucoup de nous donner la primeur de cette enquête.

Alors cette enquête a été menée auprès de plus de 1’200 victimes de violences sexuelles, dont 95 % de femmes, pour évaluer l’impact et la prise en charge de ces violences sexuelles.

C’est une grande première en France, parce que jusqu’à présent il existait des études, mais qui avaient été menées auprès de professionnels et finalement, on n’avait jamais donné la parole aux victimes.

Pour vous, il était nécessaire, justement, de faire parler ces victimes ?

Muriel Salmona : oui, c’est essentiel, parce que la loi du silence, le déni, s’imposent à elles. C’était une façon de leur donner la parole et de leur permettre à la fois de témoigner sur les violences qu’elles avaient subies et de témoigner de leur parcours, de ce qui s’était passé, de toutes les maltraitances qu’elles avaient aussi pu vivre, la non-reconnaissance.

C’est à tel point que l’on a été étonné du nombre de personnes qui ont répondu à ce questionnaire, parce que c’est un questionnaire de plus de 180 questions, avec plus de 1’200 personnes. Et avec de longs témoignages, parce qu’il y avait beaucoup de questions ouvertes.

La journaliste : ça veut dire que ces victimes avaient besoin d’être entendues et besoin de parler.

Muriel Salmona : oui.

La journaliste : vous cherchez notamment avec cette étude à évaluer l’impact à l’âge adulte des violences sexuelles subies durant l’enfance. On va y revenir, on va voir que les conséquences peuvent être multiples, que ce soit psychologiquement, physiquement et même, évidemment, socialement.

En tout cas, vous poussez un cri d’alarme, car vous dites qu’on est face à un problème de santé publique qu’on ignore.

C’est-à-dire ? On ne les entend pas ces victimes ?

Muriel Salmona : oui, on ne les entend pas. L’immense majorité reste seule, abandonnée, sans prise en charge, sans reconnaissance, sans non plus …

Autre journaliste : d’accompagnement.

Muriel Salmona : oui, sans avoir accès à la justice. Et avec de très lourds symptômes. Avoir subi des violences dans l’enfance, ça peut être vraiment le déterminant principal de la santé, même cinquante ans après, si aucune prise en charge n’est faite.

La journaliste : comment vous expliquez ça, qu’on les laisse de côté ou qu’elles se laissent elles-mêmes de côté, ces victimes ?

Muriel Salmona : elles ne se laissent pas de côté. Elles tirent la sonnette d’alarme, le plus souvent, mais personne ne fait de liens entre leurs symptômes et les violences qu’elles ont subies. On ne leur pose pas la question de savoir qu’est-ce qu’elles ont subi. Il y a vraiment une loi du silence. On ne veut pas savoir, le plus souvent.

Et même si elles parlent, les symptômes qu’elles présentent, qui sont des symptômes typiques, qui sont vraiment les symptômes, les conséquences psychotraumatiques, ne sont pas du tout reliés aux violences.

La journaliste : on ne fait pas le lien.

Muriel Salmona : on ne fait pas le lien…

Autre journaliste : surtout quand elles apparaissent si loin derrière, à l’occasion d’une naissance, par exemple, qu’elles sont déjà engagé dans la vie professionnelle…

Muriel Salmona : oui. Et puis des symptômes très importants, avec un impact non seulement sur la santé mentale – c’est l’impact psychotraumatique – mais aussi sur la santé physique, avec de lourdes conséquences qui peuvent aller de conséquences cardiovasculaires, pulmonaires, gynécologiques, endocriniennes, immunitaires… Et si on ne fait rien, ces conséquences s’aggravent.

Alors que les soins sont efficaces. Et c’est ça qui est d’autant plus terrible.

La journaliste : rageant ?

Muriel Salmona : rageant, révoltant et scandaleux. Les soins sont efficaces.

Même les atteintes neurologiques qui sont produites par le stress extrême lors des violences, ces atteintes neurologiques vont régresser. Il y a une neuroplasticité du cerveau qui permet de récupérer par rapport à des atteintes que maintenant on connaît bien et qu’on peut voir sur des IRM.

La journaliste : par contre, il faut les prendre à temps. En tout cas, il faut les prendre en charge à un moment donné.

Muriel Salmona : il faut les prendre en charge à un moment donné. On peut les prendre même assez tard, mais c’est dommage, parce que … quel gâchis !

Les personnes ont été abandonnées, à souffrir, à avoir des risques suicidaires très importants, une souffrance mentale terrible…

La journaliste : ce qui est très impressionnant dans cette étude, un des résultats les plus marquants, ça concerne l’âge au moment des premiers sévices sexuels.

Il y a 81% des victimes qui ont été agressées avant 18 ans. Et parmi elles, 1 personne sur 5, avant l’âge de 6 ans. C’est extrêmement choquant. C’est terrible, ce chiffre.

Est-ce que vous, ça vous a choquée ? Ou pas plus que ça ?

Muriel Salmona : on savait que la majorité des violences sexuelles avaient lieu sur les enfants. C’est souvent très peu dit. On parle souvent des femmes adultes, par exemple, qui subissent des viols. Mais c’est rare qu’on entende que ce sont les enfants, les moins de 18 ans, qui subissent le plus de viols.

Mais on a été étonné par ces chiffres. Et c’est pour ça que l’Unicef nous a soutenus, par rapport à sa campagne mondiale #ENDViolence, pour nous permettre de pouvoir lancer ce cri d’alarme sur le fait… c’est effarant …c’est même pas parmi les 81% … c’est que dans 1 cas de violences sexuelles sur 2, c’est avant 11 ans que cela se produit.

La journaliste : c’est vraiment s’attaquer aux plus faibles.

Autre journaliste : dans l’étude, vous précisez des chiffres, effectivement, dont on avait déjà entendu parler. A savoir que ces viols, ces incestes, se passent essentiellement – à 94% – au sein même des familles. On sait malheureusement, par des membres de la famille, dans un peu plus de la moitié des cas – 52%.

Et puis il y a quelque chose qui est surprenant, qu’on découvre dans cette enquête, c’est que dans 1 cas sur 4, l’agresseur est mineur [donc 3 cas sur 4 – 75% – il s’agit d’adultes, donc de pédocriminalité].

Muriel Salmona : oui, ça aussi, c’était une surprise.

La journaliste : ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c’est un frère ?

Muriel Salmona : ça peut être un frère, un cousin. Ça peut être un ami, enfin des mineurs qui sont dans la proximité de l’enfant. Ça peut être aussi dans le cadre du sport, dans le cadre d’activités scolaires. Mais en tout cas, ce sont des proches.

Et surtout, ce qui a été très marquant et très préoccupant, c’est que ces violences qui sont commises par ces mineurs sur des enfants, c’est souvent avant 6 ans. La grande majorité, ce sont des mineurs de moins de 6 ans.

Et la grande majorité, ce sont des viols. C’est des violences très graves.

La journaliste : c’est plus que des attouchements, vous voulez dire ?

Muriel Salmona : dans 70%, ce sont des viols.

Une chroniqueuse : alors les conséquences plus tard, elles sont désastreuses.

Muriel Salmona : elles sont d’autant plus graves, effectivement, qu’il s’agit d’un viol, que ça se produit sur des enfants plus jeunes et que c’est dans un cadre d’inceste.

Autre journaliste : et dans un cadre familial.

Muriel Salmona : oui, parce qu’il n’y a aucune possibilité pour l’enfant d’échapper à la situation, très peu de possibilité de pouvoir alerter, parler.

La journaliste : généralement, c’est répétitif, en plus.

Muriel Salmona : en plus. Et souvent, ce qu’on voit, c’est qu’il y a plusieurs membres de la famille qui peuvent exercer des violences et les enfants sont donc pris au piège. Ils ne peuvent que subir, sur des années, et les conséquences sont gravissimes.

Une chroniqueuse : et quand on est à l’âge adulte, ça a de l’impact sur la vie familiale, sur la vie affective, mais aussi sur la vie professionnelle ? Qu’est-ce qui ressort le plus, selon vous, dans votre enquête ?

Muriel Salmona : alors l’impact sur la vie, ce qui ressort le plus, c’est le nombre de tentatives de suicide. C’est impressionnant. Quand il s’agit d’enfants, c’est 1 enfant victime sur 2 qui va faire des tentatives de suicide, souvent à répétition. Il y a une solitude extrême…

Un chroniqueur : ça fait partie de la mémoire traumatique dont vous parlez dans le livre ?

Muriel Salmona : oui, ça en fait partie. Ça fait partie à la fois de la mémoire traumatique qui entraîne une souffrance extrême et ça fait partie aussi de l’image que la personne a de soi, puisqu’on lui a renvoyé qu’elle ne valait rien, qu’elle n’avait aucun droit, aucune valeur, qu’on l’a piétinée. Elle n’a pas le droit d’exister, en quelque sorte.

Une autre chroniqueuse : c’est un manque de protection énorme aussi, dans l’enquête, ça ressort. Il y a 83 % qui estiment ne pas avoir eu de protection, même, certains, ne pas avoir été entendus par la police aussi.

Muriel Salmona : oui et manque de reconnaissance. Et puis, on ne pose pas la question. On ne peut pas attendre que les victimes parlent – d’autant plus pour les enfants – elles restent exposées à leurs agresseurs ou aux complices des agresseurs. Donc elles ne peuvent pas parler.

Autre journaliste : en les écoutant, ils ont l’impression qu’ils vont attaquer la sphère privée ?

Muriel Salmona : donc il faut poser la question, il faut aller chercher… Les chiffres sont énormes. On sait que par année, au moins 124’000 filles subissent des viols et des tentatives de viol. Et 30’000 garçons subissent des viols et des tentatives de viol. Donc c’est vraiment énorme.

La journaliste : et surtout la loi, elle n’est pas adaptée, parce que plus d’un tiers des victimes mineures au moment des faits ont une période d’amnésie traumatique.

C’est-à-dire qu’on oublie ce qui s’est passé, surtout quand ça a été infligé dans le cadre de la famille. Il y a un délai de prescription ?

Muriel Salmona : oui, il y a un délai.

La journaliste : il est de combien de temps ?

Muriel Salmona : alors on l’a obtenu de hautes luttes. Maintenant, il est de 20 ans après la majorité quand il s’agit de viols et d’agressions sexuelles avec circonstances aggravantes, donc avec membres de la famille, enfin personnes ayant autorité.

La journaliste : vous trouvez que c’est suffisant ?

Muriel Salmona : non, c’est pas du tout suffisant, c’est pour cela, ce qu’on demande, c’est une imprescriptibilité. Les conséquences, elles ne s’arrêtent pas.

La journaliste : elles n’ont pas de prescription, elles, pour le coup.

Muriel Salmona : et surtout, ce qui est important, c’est à la fois qu’il y ait enfin cette justice, cet accès à la justice et cette reconnaissance, mais aussi, ce qu’on sait, c’est que les agresseurs, ils vont continuer. Les victimes portent plainte aussi pour ça. Il faut qu’elles puissent porter plainte pour ça.

La journaliste : pour protéger aussi les autres victimes.

Muriel Salmona : donc on demande l’imprescriptibilité… on avait soutenu un projet de loi qui rallongeait de 10 ans, c’était déjà mieux que rien. On espère qu’on va faire bouger les choses à ce niveau…

Une autre chroniqueuse : il faut que ça bouge.

Muriel Salmona : mais là, il y a vraiment une opinion publique à alerter.

Il faut poser des questions. La souffrance … la mémoire traumatique, justement, c’est le fait de revivre les violences, à l’identique. C’est une véritable machine à remonter le temps. C’est une torture qui va continuer. Et le seul moyen d’y échapper, c’est de s’anesthésier, c’est d’avoir une dissociation qui est un mécanisme que le cerveau met en place – mécanisme de défense – qui va entraîner une anesthésie émotionnelle

Mais ça peut être aussi de prendre de l’alcool, de la drogue…

La journaliste : les comportements à risques.

Muriel Salmona : les enfants ne prennent pas de l’alcool, de la drogue pour rien. Il faut se préoccuper de pourquoi. Qu’est-ce qui leur est arrivé ? Pourquoi une telle détresse pour qu’ils aient besoin à ce point-là de s’anesthésier ?

Donc c’est tout ça qu’il faut absolument interroger. Il faut poser la question. Il faut aller chercher les violences.

Il faut faire des campagnes d’information, c’est essentiel. Informer, former les professionnels. On est dans un pays où on ne forme pas encore les professionnels, les médecins. Je suis psychiatre : les psychiatres ne sont pas formés à la psychotraumatologie.

La journaliste : et on n’a pas forcément envie d’entendre les enfants. Les enfants ne sont pas des électeurs aussi. C’est pas forcément les victimes idéales pour l’opinion publique.

Muriel Salmona : ils ont des droits.

La journaliste : voilà, merci beaucoup Dr. Muriel Salmona.

Oui, les droits de l’enfant, on en parle souvent sur le plateau des Maternelles.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de l’enquête Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte sur le site de l’Unicef. »

STOP AU DÉNI : la mémoire traumatique, « véritable torture » pour les victimes de violences sexuelles

Le 2 mars 2015, la Dresse Muriel Salmona était invitée dans l’émission Hondelatte Direct (talk-show de Christophe Hondelatte) sur BFMTV pour parler de l’enquête STOP AU DÉNI.

Cette excellente interview est retranscrite dans son intégralité plus loin dans cet article.

La Dresse Muriel Salmona parle notamment de la fameuse mémoire traumatique qui est une « véritable torture » pour les victimes de violences sexuelles, car elle leur fait « revivre à l’identique » les violences, la douleur, la terreur, etc.

Ces traumatismes laissent des traces dans le cerveau (comme des fractures, des blessures) visibles sur les IRM.

La Dresse Muriel Salmona précise que c’est la psychothérapie qui permet de soigner ces traumatismes. Les médicaments ne sont que des béquilles qui soulagent, anesthésient la douleur (donc fondamental pour aider les victimes), mais ne guérissent pas.

L’enquête STOP AU DÉNI

STOP AU DÉNI est une grande enquête sur les violences sexuelles publiée le 1er mars 2015 par l’association Mémoire traumatique et victimologie (dont la Dresse Muriel Salmona est la présidente) et soutenue par Unicef France dans le cadre de la campagne internationale ‪#‎ENDViolence.

La publication de l’enquête STOP AU DÉNI a créé un choc et fait grand bruit, puisqu’elle a révélé que l’immense majorité des victimes de violences sexuelles sont des enfants (1 victime sur 5 avant 6 ans et 1 victime sur 2 avant 11 ans) et que les agresseurs sont en grand majorité des hommes proches des enfants.

L’enquête a révélé les conséquences désastreuses sur la santé mentale et physique des victimes, ainsi que les possibilités de soins tout à fait efficaces qui existent (notamment, la psychothérapie) mais sont rarement accessibles aux victimes en raison de la loi du silence qui règne dans ce domaine et du manque de formation des professionnels (psychiatres, médecins, psychologue, etc.) qui ne font pas de lien entre les pathologies des personnes et de possibles violences, notamment dans l’enfance.

Voici un article avec plus d’informations sur cette enquête et de nombreux liens : Les violences sexuelles faites aux enfants : STOP AU DÉNI

Transcription interview du 2 mars 2015 de Muriel Salmona (Hondelatte Direct – BFMTV)

Voici la vidéo de l’interview (environ 6 minutes) : La mémoire traumatique, « véritable torture » des victimes de violences sexuelles

Dresse Muriel Salmona, psychiatre, psychothérapeute, victimologue et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie

Muriel Salmona - Bfmtv 5

(capture d’écran de la vidéo)

Descriptif de la vidéo : « L’association Mémoire traumatique et victimologie dévoile dans un rapport les lourdes conséquences à l’âge adulte des violences sexuelles subies dans l’enfance, faute de prise en charge appropriée. En France, une femme sur cinq et un homme sur quatorze déclarent avoir subi des violences sexuelles. Les enfants sont les principales victimes: 81% ont subi ces violences avant l’âge de 18 ans, dont 51% avant 11 ans et 21% avant 6 ans. Devenus adultes, leur « santé physique est impactée », explique Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, pour qui il faut former les médecins. »

Transcription complète de la vidéo :

« Christophe Hondelatte : les résultats font froid dans le dos. Les victimes de viols et d’agression dans l’enfance deviennent des adultes ultra-traumatisés. Pas toutes, mais majoritairement.

Muriel Salmona : oui, tout à fait, ultra-traumatisées, mais ça pourrait être évité. C’est pour ça aussi que je me bats et c’est pour ça que j’essaye d’alerter les pouvoirs publics.

Parce que si elles le sont, à ce point-là, des années, voire des dizaines d’années, voire cinquante ans après, c’est aussi parce qu’elles ont été abandonnées, depuis le départ, sans protection et sans soins.

Parce que les troubles psychotraumatiques qui suivent ces violences peuvent être traités.

Christophe Hondelatte : alors, on va expliquer quelque chose. Vous allez le faire, mais je vous laisse le soin de l’expliquer. Un viol, ça crée un traumatisme dans le cerveau qui est visible si on fait une IRM. C’est-à-dire, ça n’est pas que psychologique, c’est physiologique.

Muriel Salmona : oui, c’est physiologique, c’est neurologique, c’est neurobiologique et il y a des atteintes corticales, il y a des atteintes que l’on peut maintenant très bien voir sur des IRM. Des atteintes aussi…

Christophe Hondelatte : c’est des zones de douleur.

Muriel Salmona : oui, en fait, c’est un peu comme un impact, c’est comme des blessures, et voire comme des fractures puisqu’il y a des circuits émotionnels, des circuits de la mémoire… c’est un peu comme s’il était fracturé. Et du coup, il faut que ça se répare.

Mais si les personnes continuent à subir des violences, si rien n’est fait … c’est un peu comme quelqu’un qui aurait des fractures, ça peut se réparer tout seul, le tissu osseux se répare pareil. C’est pareil pour le tissu neurologique, il y a une neurogenèse, mais encore faut-il que ce soit dans de bonnes conditions.

Et il faut pouvoir réparer ces blessures et ça marche, mais …

Christophe Hondelatte : c’est pour ça que tous les adultes traumatisés par ces viols de l’enfance parlent de problèmes physiques, des dizaines d’années plus tard ? Par exemple, 43% disent vivre des conséquences sur leur santé physique

Muriel Salmona : oui, sur leur santé physique, effectivement. Et puis beaucoup plus, 95%, sur leur santé mentale. Mais la santé physique est impactée

Christophe Hondelatte : ça peut aller jusqu’à un cancer.

Muriel Salmona : oui, ça peut aller jusqu’à un cancer. Avoir subi de nombreuses violences dans l’enfance peut entraîner aussi une perte d’espérance de vie.

Mais c’est le stress, c’est les facteurs stress … quand on subit des violences, on développe ce qu’on appelle une mémoire traumatique. Ce sont les flashbacks, les cauchemars, tout ce qui revient… c’est le fait de revivre à l’identique les violences, les douleurs, le stress, la terreur … et c’est une véritable torture.

Et si rien n’est fait pour traiter cette mémoire traumatique, les personnes vont devoir survivre avec ça et ça va vraiment impacter leur santé. Au niveau cardiovasculaire aussi, au niveau de l’immunité…

Christophe Hondelatte : est-ce qu’elles boivent plus, elles prennent plus de drogues, elles fument plus de cigarettes ?

Muriel Salmona : oui, parce que les conduites addictives servent à anesthésier cette fameuse mémoire traumatique. Si on les laisse seules, à devoir se débrouiller, à devoir survivre avec cette mémoire traumatique … il faut bien y échapper.

Donc c’est soit des conduites d’évitement, des phobies, des troubles obsessionnels, soit des conduites addictives qui permettent de s’anesthésier.

Christophe Hondelatte : quand vous parlez de traitement, vous parlez de prise en charge psychothérapeutique ou de prise de médicaments ?

Muriel Salmona : alors, c’est exactement pareil qu’une fracture. Le médicament ne répare pas la fracture. Ce qu’il fait, le médicament, c’est qu’il diminue la douleur. Là c’est pareil, les médicaments peuvent diminuer les douleurs, mais ils ne vont pas réparer la fracture. C’est la psychothérapie qui répare.

Christophe Hondelatte : alors comme beaucoup de français, j’ai lu Boris Cyrulnik et je crois sincèrement à la puissance de la résilience. Ce que nous dit Cyrulnik, c’est que malgré tous les traumatismes qu’on a pu subir dans son enfance, on peut les poser à un moment donné, en sachant qu’ils sont là, puis tracer sa vie. Mais ce que vous nous dites, c’est qu’au final, c’est pas si simple.

Muriel Salmona : non, c’est pas si simple. Et on n’a pas le droit, en quelque sorte, de laisser des personnes se débrouiller toutes seules, sans soins, avec des impacts très importants, en attendant qu’elles puissent petit à petit se relever.

Oui, bien entendu, on peut guérir de ces traumatismes. On peut ne plus être continuellement colonisé par ces violences. On ne va pas les oublier, bien entendu, mais on peut…

Christophe Hondelatte : les poser, savoir qu’elles sont là.

Muriel Salmona : oui, les déposer. Mais ça, ça se fait très bien s’il y a des soins, s’il y a des prises en charge. Et puis, il s’agit de protéger les victimes, il s’agit de les accompagner, de reconnaître ce qu’elles ont subi. Et ça, c’est absolument essentiel.

Christophe Hondelatte : pourquoi il n’y a pas de soins ? Parce qu’on ne va pas chercher ces gens pour les amener vers les soins ? Parce qu’on a un système de santé formidable en France. Si ces gens saisissaient le système de santé, elles seraient prises en charge.

Muriel Salmona : c’est pas du tout le problème, parce qu’il y a très peu d’offres de soins.

Christophe Hondelatte : y a pas d’offres de soins ?

Muriel Salmona : non, très peu, très peu. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas, mais il y en a très peu… et ça, il faut le demander.

Christophe Hondelatte : centrées sur les violences sexuelles ?

Muriel Salmona : et en fait même la Convention d’Istanbul demande expressément qu’ils soient créés, ces centres de soins. Et les professionnels ne sont pas formés à la psychotraumatologie. Or, maintenant on a des connaissances…

Christophe Hondelatte : vous voulez dire, y compris les psychiatres ?

Muriel Salmona : oui, y compris les psychiatres.

J’ai participé à un groupe de travail avec la mission interministérielle de protection des femmes victimes de violences pour faire démarrer un peu cette formation, mais il y a urgence. Il faut former les médecins.

Alors que l’on connaît très bien l’impact psychotraumatique, on sait que c’est une partie très importante de tous les troubles psychiatriques, des problèmes de santé mentale, mais rien pour l’instant ne permet aux professionnels de santé de se former.

Donc il faut leur offrir des formations et il faut ouvrir des centres de soins.

Il faut que les victimes puissent aller quelque part. Parce que les victimes, souvent, elles vont galérer pendant des années, des dizaines d’années, avant de trouver enfin un professionnel. Elles les cherchent.

Christophe Hondelatte : et parfois, sans avoir dit qu’elles avaient été victimes de violences sexuelles, ce qui fait que personne dans leur entourage ne peut les aider.

Muriel Salmona : oui et les professionnels de santé, il faut qu’ils posent la question systématiquement, puisque c’est un des déterminant principal de la santé.

Il faut poser systématiquement la question « est-ce que vous avez subi des violences » et que la personne réponde.

On a fait des études qui montrent qu’il faut que ce soient les professionnels qui aillent vers personnes et pas l’inverse. »

 

Les violences sexuelles faites aux enfants : STOP AU DÉNI

Le 1er mars 2015, l’association Mémoire traumatique et victimologie publiait le rapport d’une grande enquête sur les violences sexuelles intitulée STOP AU DÉNI : Rapport d’enquête 2015

« Rapport d’enquête » et « synthèse du rapport d’enquête »

Stop au déni - rapport 2015 Stop au déni - synthèse rapport 2015

(à télécharger sur la page du rapport 2015)

Soutenue par Unicef France dans le cadre de la campagne internationale ‪#‎ENDViolence, l’enquête a été menée de mars 2014 à septembre 2014 sous la direction de la Dresse Muriel Salmona, psychiatre, psychothérapeute, victimologue et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie.

L’enquête STOP AU DÉNI est basée sur un questionnaire de plus de 180 questions auquel plus de 1’200 victimes de violences sexuelles (dont 95 % de femmes) ont répondu, souvent avec de longs témoignages.

L’enquête a révélé que les enfants sont les principales victimes des violences sexuelles puisque 81% des victimes de violences sexuelles sont des mineur-e-s (majoritairement des filles) : 1 victime sur 5 a été violée avant 6 ans, 1 victime sur 2 a été violée avant 11 ans.

L’enquête a également révélé que 96 % des agresseurs sont des hommes, 94 % des proches, 1 enfant sur 2 est agressé par un membre de sa famille et 1 agresseur sur 4 est mineur, donc 3 agresseurs sur 4 (75 %) sont des adultes (pédocriminalité).

L’enquête a démontré les lourdes conséquences sur la santé mentale et physique des victimes, ainsi que les risques de suicide (1 victime sur 2 a tenté de se suicider) et les risques de grossesse (1 grossesse sur 5 « consécutive à un viol » affecte une mineure).

L’enquête a aussi démontré la loi du silence et le déni de ces violences sexuelles, puisque 83% des victimes interrogées déclarent n’avoir jamais été protégées et 67% des répondant-e-s qui ont porté plainte (donc intervention de la police) n’ont bénéficié d’aucune mesure de protection.

L’enquête révèle que seules 4% des victimes agressées dans l’enfance indiquent avoir été prises en charge par l’Aide sociale. Parmi celles qui ont porté plainte : 66% de celles qui avaient moins de 6 ans au moment des faits déclarent « n’avoir jamais été protégées », de même que 70% de celles entre 6 et 10 ans et 71% de celles entre 11 et 14 ans.

« Les violences sexuelles faites aux enfants »

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Infographie STOP AU DÉNI

(à télécharger sur la page du rapport 2015)

Liens et publications

Voici un grand nombre de liens et publications concernant l’enquête STOP AU DÉNI.

Le site de l’enquête : STOP AU DÉNI

Sur le site de l’enquête STOP AU DÉNI, la page de la campagne 2015 (un excellent résumé, avec une synthèse et des liens) : Campagne 2015

La page de l’Unicef France : Violences sexuelles faites aux enfants : stop au déni !

La chaîne officielle (sur Dailymotion) de la campagne de sensibilisation STOP AU DENI, pour la prise en charge médicale et judiciaire des victimes de violences sexuelles : STOP AU DENI – LES SANS VOIX

Vidéo « Rendez-vous le lundi 02 mars 2015 de 9h à 18h, salle Clemenceau au Palais du Luxembourg (16 rue de Vaugirard, Paris 75006) pour assister au Colloque de l’association Mémoire traumatique & victimologie, en partenariat avec l’UNICEF » : MEMOIRE TRAUMATIQUE COLLOQUE : 2 MARS 2015 AU SÉNAT

Message de Muriel Salmona (1er mars 2015) à propos de cette vidéo : « Afin d’inciter les pouvoirs publics à mettre en place en urgence un plan d’action visant à améliorer la prévention, ainsi que l’accompagnement et le soin des victimes de violences, l’association organise, avec le soutien de l’UNICEF, le colloque « Enquête de reconnaissance » qui se tiendra demain (le 2 mars 2015) au Palais du Luxembourg. De nombreux intervenants prestigieux seront présents, dont Laurence Rossignol, secrétaire d’État chargée de la Famille, des Personnes âgées et de l’Autonomie, Michèle Barzach, présidente de l’Unicef France, Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty France, et Christopher Mikton, rapporteur de l’Organisation mondiale de la santé. »

Le premier article sur l’enquête publié par 20Minutes.fr le 1er mars 2015 : «Plus les violences sexuelles ont lieu tôt dans l’enfance, plus leurs conséquences peuvent être lourdes à l’âge adulte»

Article publié par RTL le 1er mars 2015 : Le déni des violences sexuelles de l’enfance, un « scandale » de santé publique

Article publié par Huffington Post le 1er mars 2015 : Violences sexuelles: 81% des victimes sont des mineurs, 94% des agresseurs sont des proches, selon une enquête soutenue par l’UNICEF

Article publié par FranceInter.fr le 1er mars 2015 : Comment se reconstruire après des violences sexuelles

Article publié par Libération le 1er mars 2015 : Déni des violences sexuelles de l’enfance: un «scandale» de santé publique

Article publié par Le JDD le 1er mars 2015 : Enfants violés, marqués à vie

Article publié par Ouest-France le 1er mars 2015 : Société. L’accablante enquête sur les violences sexuelles

Article publié par Metronews le 1er mars 2015 : Les conséquences dramatiques du déni de violences sexuelles sur les enfants

Article publié par My TF1 News le 1er mars 2015 : Violences sexuelles pendant l’enfance : une étude donne l’alerte

Article publié par Le Parisien le 1er mars 2015 : Ce que deviennent les victimes de violences sexuelles

Article publié par France Soir le 1er mars 2015 : Violences sexuelles: en France, 81% des victimes sont mineures (VIDEO)

Article publié par Europe 1 le 1er mars 2015 : Les lourdes conséquences des viols subis dans l’enfance

Article publié par L’Express le 1er mars 2015 : En France, 81% des victimes d’abus sexuels sont mineures

A recommander particulièrement. Article publié par Libération le 2 mars 2015 : Violences sexuelles faites aux enfants : une urgence humanitaire par Michèle Barzach, présidente de l’Unicef France, et Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie. Vu son intérêt, cet article est retranscrit intégralement ci-après.

Vidéo du 2 mars 2015 de BFMTV (dans Hondelatte Direct) : La mémoire traumatique, « véritable torture » des victimes de violences sexuelles (transcription complète de la vidéo ici)

Vidéo du 2 mars 2015 de France 5 (dans Les Maternelles) : Dr Muriel Salmona – Violences sexuelles : quelles séquelles à l’âge adulte ? (transcription complète de la vidéo ici)

Article publié par Paris Match le 2 mars 2015 : Le fléau de l’ombre – Violences sexuelles faites aux enfants

Article publié par Santé Magazine le 2 mars 2015 : Violences sexuelles pendant l’enfance : comment aider votre conjoint[e]

Article publié par Le Journal des femmes le 2 mars 2015 : Violences sexuelles : et après ?

Article publié par AlloDocteur.fr (France 5) le 2 mars 2015, avec vidéo de l’émission dont l’invitée est Michèle Barzach, présidente de l’Unicef France : Enfance : seules 4% des victimes de violences sexuelles prises en charge

Extrait : « Seules 4% des victimes agressées dans l’enfance indiquent avoir été prises en charge par l’Aide sociale. Parmi celles qui ont porté plainte, 66% de celles qui avaient moins de 6 ans au moment des faits déclarent « n’avoir jamais été protégées », tout comme 70% de celles entre 6 et 10 ans et 71% de celles entre 11 et 14 ans. « Il est urgent que les pouvoirs publics mettent en œuvre les moyens nécessaires pour protéger, accompagner et soigner efficacement les victimes afin d’enrayer le cycle infernal des violences », souligne le Dr Muriel Salmona. »

Article publié par Madmoizelle.com le 3 mars 2015 : « Stop au déni » interpelle sur les violences sexuelles qui touchent les mineurs

Article publié par RFI le 6 mars 2015 : Les violences sexuelles

Retranscription article « Les violences sexuelles faites aux enfants : une urgence humanitaire »

Voici l’article publié par Libération le 2 mars 2015 : Violences sexuelles faites aux enfants : une urgence humanitaire

Cet article de Michèle Barzach (présidente de l’Unicef France) et Muriel Salmona (présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie) donne un excellent résumé de l’enquête STOP AU DÉNI.

Retranscription complète de l’article :

« 81 % des victimes de violences sexuelles ont subi les premières violences avant l’âge de 18 ans. La quasi-totalité des enfants victimes développeront des troubles psychotraumatiques.

Les récentes études internationales de l’UNICEF et de l’OMS et notre enquête menée en France convergent dans le terrible constat d’une insuffisante reconnaissance et prise en charge des violences sexuelles subies par les enfants.

De toutes les violences sexuelles, celles qui touchent les enfants font partie des plus cachées. Chaque année, nous dit-on, 102 000 adultes sont victimes de viols et de tentatives de viol (86 000 femmes et 16 000 hommes) en France, mais on ne nous parle pas des victimes mineures pourtant bien plus nombreuses, estimées à 154 000 (124 000 filles et 30 000 garçons) (1). Dans le monde, 120 millions de filles (une sur dix) ont subi des viols, et la prévalence des violences sexuelles est de 18 % pour les filles et de 7,5 % pour les garçons (2).

Selon les résultats de notre enquête Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte, conduite auprès de plus de 1 200 victimes par l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, et présentée le 2 mars 2015 avec le soutien de l’UNICEF France (dans le cadre de son action internationale #ENDviolence) : 81 % des victimes de violences sexuelles ont subi les premières violences avant l’âge de 18 ans, 51 % avant 11 ans, et 23 % avant 6 ans (3).

Des enfants condamnés au silence

Alors qu’ils sont les principales victimes de ces délits graves et de ces crimes (68 % de viols dans notre enquête), moins de 20 % déclarent avoir été reconnus comme victimes et protégés, et 30 % en cas de plainte, à peine plus. Les enfants sont d’autant plus pris au piège, condamnés au silence et abandonnés que 94 % de ces violences sont commises par des proches, et 52 % par des membres de la famille. Les agresseurs – essentiellement des hommes dont le quart sont des mineurs – bénéficient presque toujours d’une totale impunité.

Or, les violences sexuelles font partie des pires traumas, et la quasi-totalité des enfants victimes développeront des troubles psychotraumatiques. Ces traumas ne sont pas seulement psychologiques mais aussi neuro-biologiques avec des atteintes corticales et des altérations des circuits émotionnels et de la mémoire à l’origine d’une dissociation et d’une mémoire traumatique.

Faute d’être reconnus et soignés, ces enfants gravement traumatisés développent des stratégies hors normes pour survivre aux violences et à leur mémoire traumatique qui — telle une machine infernale à remonter le temps — leur fait revivre à l’identique ce qu’ils ont subi, comme une torture sans fin. Ces stratégies de survie (conduites d’évitement et conduites à risque dissociantes) sont invalidantes et à l’origine de fréquentes amnésies traumatiques (34 %). Traumas et stratégies de survie s’installent dans la durée si la mémoire traumatique n’est pas traitée de façon spécifique, ils vont gravement impacter la santé et la qualité de vie des victimes, et les exposer à des revictimisations (7 victimes sur 10 ont subi des violences sexuelles à répétition).

Un risque de mort précoce

Les conséquences sur la santé à long terme seront d’autant plus graves que les victimes ont subi un viol, alors qu’elles avaient moins de 11 ans, et qu’il s’agissait d’un inceste : risque de mort précoce par accidents, maladies et suicides (selon l’enquête, elles sont 45 % à avoir tenté de se suicider), de maladies cardio-vasculaires et respiratoires, de diabète, d’obésité, d’épilepsie, de troubles psychiatriques, d’addictions (pour 48 % des victimes), de troubles de l’immunité, de troubles gynécologiques, digestifs et alimentaires, de douleurs chroniques, etc.

Avoir subi des violences dans l’enfance est le déterminant principal de la santé 50 ans après et peut faire perdre jusqu’à 20 années d’espérance de vie si plusieurs violences sont associées (4).

Le manque de formation fait que, face à un enfant en souffrance, suicidaire, se mettant en danger, peu de professionnel-le-s s’interrogent sur ce que cache cette détresse, ou pensent à lui poser des questions pour savoir s’il a subi des violences (ce qui devrait être systématique lors de tout entretien). Les symptômes des enfants sont fréquemment banalisés, mis sur le compte de la crise d’adolescence, où sont, à l’inverse, parfois étiquetés comme des déficiences ou des psychoses, et font l’objet de traitements dissociants qui ne font qu’anesthésier la souffrance (5).

Un plan global de lutte contre les violences faites aux enfants

Pour les victimes, la non-reconnaissance de leurs psychotraumatismes est une perte de chance car une prise en charge adaptée leur permet, en traitant leur mémoire traumatique, de ne plus être colonisés par les violences et les agresseurs, d’activer une réparation neurologique et d’en stopper les conséquences.

Il est essentiel de protéger les enfants de toutes les violences et d’assurer le respect de leurs droits fondamentaux. Il faut garantir aux enfants victimes l’accès à la justice et à des réparations en améliorant les lois et les procédures, et un accès rapide à des soins spécialisés gratuits.

Nous réclamons la mise en place d’un plan global de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants, avec des campagnes d’information, une formation de tous les professionnels concernés et la création de centres de soins spécifiques. Sortir du déni, protéger et soigner les enfants victimes de violences sexuelles est une urgence humanitaire et de santé publique.

(1) INSEE-ONDRP, enquêtes Cadre de vie et sécurité de 2010 à 2013.

(2) rapports 2014 de l’UNICEF et de l’OMS

(3) rapport consultable sur les sites stopaudeni.com et memoiretraumatique.org

(4) FELITTI Vincent J., ANDA Robert F., 2010, et BROWN David W., 2009.

(5) SALMONA M., Le livre noir des violences sexuelles, Dunod, 2013.

Liste des cosignataires :

Anne Hidalgo Maire de Paris, Geneviève Avenard Défenseure des enfants, Adjointe du Défenseur des droits, Dominique Versini Adjointe à la Maire de Paris, chargée de toutes les questions relatives à la solidarité, aux familles, à la petite enfance, à la protection de l’enfance, à la lutte contre l’exclusion, aux personnes âgées, Frédéric Worms Professeur de philosophie à l’Ens, Dominique Attias Avocate, membre de la Commission Enfance en France de l’UNICEF France, Isabelle Thieuleux Avocate, Dre Monique Martinet Neuro-Psychiatre Pédiatre, Présidente – Conseiller Scientifique AIR – AIRMES, Dre Noémie Roland, médecin généraliste, Dr Gilles Lazimi Médecin du CMS de Romainville, maître de conférence en médecine générale à l’Université Pierre et Marie Curie, Sokhna Fall Thérapeute familiale, Victimologue, ethnologue, vice-présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, Hélène Romano Docteur en psychopathologie clinique, psychologue clinicienne et psychothérapeute spécialisée dans le psychotraumatisme, Jean-Fabrice Pietri Chef de mission, Médecins sans frontières France, Jean-Pierre Salmona Cardiologue, trésorier de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, Laure Salmona Rédactrice du rapport d’enquête «Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte», Geneviève Garrigos Présidente d’Amnesty France.

Michèle BARZACH présidente de l’UNICEF France et Muriel SALMONA psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie »

La psychothérapie féministe, à quoi sert-elle ?

La psychothérapie féministe s’adresse aux femmes et aux hommes. Son but est de permettre à chacun de s’extraire des rapports dominant-dominé dans lesquels la plupart des êtres humains sont enfermés depuis la nuit des temps. Ces rapports dominant-dominé sont la caractéristique du système patriarcal. Les femmes et les hommes sont aliénés par ce mode de pensée dès leur plus tendre enfance, avec pour conséquence de soumettre les femmes aux diktats masculins et de modeler les hommes dans leur rôle d’oppresseurs des femmes.

Betty McLellan

Betty McLellan - Psychopression

Psychothérapeute féministe (Australie)

Pour plus de précisions sur la psychothérapie féministe, voir cet article : La psychothérapie féministe, c’est quoi ?

L’oppression des femmes

Le sociologue Léo Thiers-Vidal a écrit un texte particulièrement émouvant dans lequel il décrit la difficulté pour un homme de sortir de cette aliénation et de ne pas participer à l’oppression des femmes, ne serait-ce qu’inconsciemment ou par le simple fait d’être un homme, donc faisant partie de la classe dominante. Pour Léo Thiers-Vidal, la psychothérapie est le moyen pour sortir de cette aliénation.

Voir ce texte dans cet article : La psychothérapie en tant qu’outil politique

Léo Thiers-Vidal a beaucoup travaillé à dénoncer la théorie anti-victimaire du Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP/AP) qui permet de donner la garde des enfants à des pères incestueux. Deux de ses articles sur ce thème : Ça se passe près de chez vous : des filles incestueuses aux mères aliénantes et  Violences intra-familiales sur enfants : le rapporteur de l’ONU en France (écrit avec Hélène Palma, maître de conférence). En mars 2000, Léo Thiers-Vidal a créé l’association « Mères en lutte » pour soutenir les mères confrontées à ces situations dramatiques.

La violence envers les femmes et les enfants

La stratégie patriarcale a notamment pour but de faire croire que la violence envers les femmes et les enfants n’existe pas. Professeure de psychologie sociale à l’université de Trieste, Patrizia Romito  a écrit un livre sur ce thème : Un silence de mortes : La violence masculine occultée

romito - un silence de morte

« Alors que les hommes exercent des violences contre les femmes et les enfants, la société met tout en œuvre pour occulter cette réalité. Si les progrès dans la lutte contre la violence masculine sont indéniables, la violence, elle, continue pourtant bel et bien à exister. Pour l’auteure, cette violence est un des moyens d’entretenir en bon état de marche le système de domination patriarcale, système dont profitent la majorité des hommes et une minorité de femmes. C’est donc la société patriarcale dans son ensemble qui élabore activement l’occultation de la violence, afin d’éviter qu’elle cesse. » (extrait du livre ci-dessus)

La violence conjugale

Un autre article de Patrizia Romito sur le thème de la violence masculine occultée dans le couple : La stratégie patriarcale permet de nier la violence conjugale

« Qui a intérêt à cacher la violence des hommes envers les femmes ? Evidemment les agresseurs. Mais aussi les hommes non violents qui profitent du système patriarcal: division du travail inégale, exploitation économique des femmes… La plupart des hommes tirent des bénéfices de cette situation. Le progrès social et les luttes féministes ont limité le pouvoir du patriarcat Mais il serait étonnant que la catégorie des hommes se laisse faire en perdant ses droits et privilège. » (extrait de l’article ci-dessus)

Dans un article, le psychologue québécois Rudolf Rausch explique comment le fait de travailler avec l’idée que les hommes sont violents parce qu’ils « perdent leurs moyens » et sont dépassés par leurs émotions revient en réalité à justifier leur violence et à la perpétuer au niveau individuel et social. Pour ce spécialiste de la violence conjugale, il faut mettre ces agresseurs face à leur violence. D’ailleurs, les hommes violents ne consultent pas pour changer et se remettre en question. Ils ne font que rechercher un allié de poids, notamment pour se défendre dans des procédures judiciaires : Face aux conjoints agresseurs… La danse avec l’ours

« Comme l’écrit Susan Schechter, cette violence est à la fois socialement construite et individuellement choisie. Ce qui explique pourquoi il y a autant de violence conjugale c’est que, d’une part, au niveau de la construction sociale, depuis bien longtemps et jusqu’à très récemment, les hommes pouvaient essentiellement se servir de la violence pour arriver à leurs fins impunément et ils étaient même encouragés à utiliser ce moyen-là. Et d’autre part, au niveau individuel, il est sûr que cette violence-là est très rentable : à chaque fois qu’on y a recours, habituellement on a gain de cause, on arrive à nos fins, ce qui fait qu’il y a un renforcement presque immédiat à son utilisation. Plus il y a d’individus qui l’utilisent, plus la construction sociale de la violence se maintient et plus cette construction se maintient, plus il y a d’individus qui se croient autorisés à y recourir.

(…) Les intervenants auprès des agresseurs – les psychologues et autres aidants – ont traditionnellement tendance à voir la violence comme un symptôme ou un indicateur d’un autre problème sous-jacent, qui trop souvent est perçu comme intra-psychique ou comme une difficulté systémique, une difficulté de communication ou d’interaction entre les conjoints. Quel en est l’effet ? Il est double : d’une part ça banalise cette violence-là, en ce sens qu’on la perçoit comme n’étant pas forcément si importante que ça, et d’autre part elle est interprétée davantage comme une réaction à quelque chose plutôt qu’une proaction, un moyen d’obtenir quelque chose.

(…) D’ailleurs, les hommes, et notamment les hommes violents, vont habituellement chez un aidant (psychologue ou autre), non pour se changer mais essentiellement pour créer une coalition avec quelqu’un qui a un statut de pouvoir, et donc pour demeurer identiques. Si quelqu’un fait face à des accusations pénales, il va alors utiliser la relation d’aide pour tenter de diminuer la portée de la judiciarisation. Et dans le cas où la situation n’a pas été judiciarisée, où il n’y a pas eu d’accusation portée et qu’on voit davantage l’homme demander de l’aide parce que sa conjointe l’a quitté ou menace de le faire, à ce moment-là il est sûr que son objectif n’est pas de se changer lui-même mais d’établir une coalition qui va lui permettre de récupérer sa conjointe.

(…) D’une part, nous ne percevons pas la violence comme une réaction mais comme un moyen, ce qui veut dire que chaque conjoint violent doit nommer, en menu détail, son  » coffre d’outils  » à lui, son répertoire personnel de violences. C’est une première exigence : lorsque l’homme se présente, il doit faire état de sa violence et accepter de nommer les faits et gestes concrets dont il s’est servi pour dominer sa partenaire plutôt que ses peines et ses souffrances. (…) une fois l’homme ayant élargi sa définition de la violence pour inclure non seulement sa violence physique mais aussi ses formes beaucoup plus subtiles, plus dissimulées de contrôle, on lui fait identifier le mobile du crime. Lorsqu’il a utilisé tel geste de violence, qu’est-ce qu’il souhaitait qu’il arrive ? Ainsi, un acte que l’homme présente comme irréfléchi, irrationnel, incompréhensible, voire  » fou « , devient, en identifiant son mobile, un geste qui peut être compris comme réfléchi, logique, instrumental…

(…) Cela permet de rapatrier un peu plus la responsabilité des hommes : la violence n’est plus un geste réactionnel, mais instrumental, axé sur l’obtention d’un but. Après, on s’intéresse aussi aux effets de cette violence : les effets pour lui, les effets sur sa conjointe, sur les enfants, la famille et ainsi de suite. Alors non seulement ce qu’on voit, dans la majorité des cas, c’est un geste qu’on peut identifier et nommer, de même que l’intention derrière le geste, mais en plus on constate que, en général, cela a fonctionné et que l’homme a effectivement eu gain de cause. On voit aussi tous les effets négatifs que ça peut avoir sur sa conjointe, sur ses enfants, sur sa vie de famille et ainsi de suite. L’homme est confronté à un dilemme éthique. » (extrait de l’article ci-dessus)

Les répercussions sur la santé

Cette violente oppression masculine qui se perpétue de façon occultée depuis des millénaires entraîne, en plus des coups et blessures, de lourdes conséquences sur la santé physique et psychique des femmes et des enfants :

Les violences sont une atteinte grave aux droits humains fondamentaux des personnes et elles sont à l’origine de graves conséquences sur la santé mentale et physique. Ces conséquences sont  directement liées à l’installation de troubles psychotraumatiques sévères, en particulier d’un état de stress post-traumatique. Ces troubles sont dus à des atteintes psychiques, mais également à des atteintes neurologiques et à des dysfonctionnements neuro-biologiques et endocriniens majeurs. S’ils ne sont pas pris en charge spécifiquement, ils peuvent se chroniciser, durer de nombreuses années, voire toute une vie et s’accompagner de nombreuses pathologies (psychiatriques, cardio-vasculaires, endocriniennes, immunitaires, digestives, etc.) (Anda, 2006 ; MacFarlane, 2010). Ces troubles psychotraumatiques auront alors un impact catastrophique sur la santé et la vie personnelle, sociale et professionnelle des victimes et seront même un déterminant majeur de leur santé (Felitti, 2010). Muriel Salmona, psychiatre, victimologue et psychotraumatologue.

Aujourd’hui on sait également que la violence laisse des traces dans le cerveau et dans l’ADN (sur plusieurs générations) :

Les mauvais traitements subis pendant l’enfance laissent des traces dans le cerveau

Des séquelles au cerveau pour les enfants abusés

La maltraitance dans l’enfance laisse des traces jusqu’à la 3ème génération

L’abus sexuel dans l’enfance laisse une trace… génétique

Les pathologies sociétales

La violence millénaire envers les femmes et les enfants est également la cause de pathologies sociétales. Par exemple, le stress post-traumatique sociétal auquel sont confrontées toutes les femmes et le Syndrome de Stockholm sociétal auquel sont confrontés tous les êtres humains. Ce dernier syndrome a des conséquences dramatiques puisqu’il créé une société qui voue un amour immodéré aux agresseurs et fait alliance avec eux.

Le Syndrome de Stockholm sociétal pour les femmes (pas pour les enfants) a été théorisé par Dee L. R. Graham, professeure agrégée de psychologie à l’Université de Cincinnati (USA), dans son livre : Loving to Survive: Sexual Terror, Men’s Violence, and Women’s Lives (aimer pour survivre : la terreur sexuelle, violence des hommes et vies de femmes).

Le postulat de Dee L. R. Graham et des co-auteures du livre est que la psychologie actuelle des femmes est une psychologie de femmes dans des conditions de captivité, à savoir dans des conditions de terreur infligée par la violence masculine envers les femmes. Elles postulent que les réponses des femmes aux hommes et à la violence masculine ressemblent aux réponses des otages face aux ravisseurs. De même que les otages qui travaillent à apaiser leur ravisseur de peur que ces ravisseurs ne les tuent, les femmes travaillent à satisfaire les hommes. La féminité est un ensemble de comportements qui font plaisir aux hommes (dominants), parce que ces comportements transmettent l’acceptation de la femme de son statut de dominée. Ainsi les comportements féminins sont des stratégies de survie, comme les otages qui se lient à leurs ravisseurs.

La théorie du Syndrome de Stockholm sociétal permet d’expliquer beaucoup de comportements apparemment irrationnels des femmes. Par exemple : pourquoi tant de femmes rejettent le féminisme (comment une femme peut-elle ne pas vouloir les mêmes droits que les hommes ?). Pourquoi tant de femmes font alliance avec les hommes (il serait beaucoup plus utile de faire alliance avec les femmes). Pourquoi tant de femmes ont des love-addictions (ressemble à l’amour inconditionnel d’un Syndrome de Stockholm).

 Stockholm Syndrome - loving to survive

Loving to Survive: Sexual Terror, Men’s Violence, and Women’s Lives
(théorisation du
Syndrome de Stockholm sociétal)
par Dee L. R. Graham, professeure agrégée de psychologie à l’Université de Cincinnati (USA)
« Contends that women’s psychology reflects a condition of captivity borne of terror caused by maile violence. The authors make a convincing case. The New York Times Book Review »

Les théories anti-victimaires

Le Syndrome de Stockholm sociétal explique peut-être l’apparition toujours plus fréquente de théories anti-victimaires qui protègent les agresseurs et auxquelles la société entière adhère. Par exemple : le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP/AP), la théorie des faux souvenirs, le mythe des enfants « carencés », la résilience mal comprise, le Syndrome de Médée, etc.

Voici ce que le Dr. Gérard Lopez dit des théories anti-victimaires : « Ce déni est renforcé par toutes sortes de fausses théories qui ne reposent sur aucune preuve scientifique, comme le soi-disant syndrome d’aliénation parentale, la résilience mal comprise, ou selon le mythe que les enfants « carencés » seraient mythomanes, surtout depuis Outreau… bien que les enfants aient tous été reconnus victimes de viols et actes de proxénétisme par la justice. En fait, chacun d’entre nous refuse d’admettre que nos chers enfants sont massacrés. »  Article à propos du Dr. Gérard Lopez et de son livre « Enfants violés et violentés. Le scandale ignoré »

Le Dr. Gérard Lopez est psychiatre, victimologue, expert auprès des tribunaux et président fondateur de l’Institut de victimologie à Paris. Il fut l’initiateur des premiers diplômes universitaires de victimologie et du premier diplôme de psychotraumatologie en France. Il enseigne actuellement à l’Université Paris 5, au Laboratoire d’éthique médicale dans le Département de médecine légale (Pr. Christian Hervé) et à l’Institut de criminologie de Paris. Il dirige le Comité européen de la Chaire Unitwin Unesco Abord de la violence, un défi transdisciplinaire.

La sexualité patriarcale

En ce qui concerne la sexualité, l’aliénation patriarcale fait croire aux hommes que pour avoir une érection, ils doivent dominer la femme et la réduire à l’état d’objet (instrumentalisation). L’incapacité à assumer cette injonction patriarcale est à la base d’une forme d’impuissance sexuelle que l’on rencontre fréquemment. Dans ce cas, le problème n’est pas que les femmes ne sont pas assez soumises. Le problème est la croyance que sans domination, il n’y a pas d’érection. Pourtant, la sexualité féminine est beaucoup plus riche que la sexualité masculine. Lorsqu’ils s’y intéressent, les hommes découvrent une sensualité et une sexualité dont ils n’avaient même pas imaginé l’existence. Ils comprennent alors qu’il est tout à fait possible et beaucoup plus satisfaisant d’avoir une érection dans un échange harmonieux et égalitaire avec une femme. Ne pas être dans une position dominante ne va donc pas entraîner la fin de l’espère humaine comme le soutiennent les adeptes du patriarcat. Bien au contraire.

Les violences sexuelles

Psychiatre, victimologue et psychotraumatologue, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, Muriel Salmona dénonce régulièrement la violence envers les femmes et les enfants. Elle est notamment l’auteur de l’ouvrage incontournable publié en 2013 : « Le livre noir des violences sexuelles ». Voici ce qu’elle dit de l’instrumentalisation sexuelle :

« Désirer et aimer sont le contraire d’instrumentaliser une personne pour son propre compte. Les violences sexuelles sont des armes pour détruire l’autre, le soumettre et le réduire à l’état d’objet et d’esclave. Ce sont les violences qui entraînent le plus de traumatismes psychiques. Elles font partie de la mise en place de la domination masculine et de la volonté d’exclure les femmes de divers univers, dont celui du marché du travail et des postes à responsabilité. Les stéréotypes sexistes voudraient faire croire que la sexualité masculine a des besoins incontrôlables qui doivent et ont le droit de s’exercer sur la femme. »  Muriel Salmona «La réalité des violences sexuelles est l’objet d’un déni massif».

Le livre noir des violences sexuelles - Muriel Salmona

Le livre noir des violences sexuelles
Par Muriel Salmona, psychiatre, victimologue, psychotraumatologue et présidente de l’association
Mémoire Traumatique et Victimologie